Fin des créations personnalisées en perles

Si vous me suivez sur Facebook ou Instagram, vous avez pu suivre mes “aventures” avec la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) ces derniers mois.

 

En novembre, dans un précédent article, je vous informais d’une non conformité et d’un rappel du hochet renne car une oreille dépassait de 1mm par rapport au gabarit A (norme NF EN71-1).

 

Courant janvier, j’ai également reçu un retour négatif de l’attache-dentition licorne modèle “Lilly”, qui pose souci au niveau de la longueur de la norme NF EN12586+A1 : pour cela il suffit donc de modifier la taille en enlevant quelques perles. Côté composition chimie, inflammabilité et solidité, tout est bon.

 

Lors de ma convocation avec mes contrôleuses, j’ai réalisé que depuis des années, je me trompais sur le mode de mesure : je prenais en compte l’intégralité des perles et le clip et non la boucle qui sert à accrocher la sucette. En réalité, il faut mesurer avec la boucle – mais sans le clip !

 

Mais j’ai surtout appris qu’une nouvelle information parue en septembre 2019 classait désormais les attache-sucettes avec motif ludique dans la catégorie des jouets : ce qui comporte des tests et des exigences supplémentaires, bien plus rigoureuses.

 

Par exemple, avec la norme jouet, on applique le fameux gabarit A : le jouet ne doit pas dépasser lorsqu’on le pose dedans. Voici en photo un attache-sucette dans ce gabarit :

  

 

Vous comprenez donc que l’attache-sucette est trop fin – en étant considéré comme un jouet – car si un jouet dépasse du gabarit, la norme NF EN71-1 indique un risque d’étouffement par régurgitation.

 

Compte tenu de ce nouvel élément, les attache-sucettes avec un motif ludique (exemple : une perle en forme d’animal) ne peuvent plus être commercialisés, à moins que le clip soit assez gros pour ne pas entrer dans le gabarit.

 

Pour ma part, je n’en connais pas, c’est pourquoi j’ai décidé d’arrêter les attache-sucettes, au moins temporairement.

 

J’ai pris la même décision pour les hochets, pour une simple raison : je n’ai actuellement pas les moyens de financer les tests en laboratoire pour chaque création. Les tests complets en chimie (NF EN71-3) + inflammabilité (NF EN71-2) + technique (NF 71-1) avoisinent les 1.000 euros pour un modèle unique.

 

Je souhaite préciser que depuis 2016 ans, je réalisais des tests sur une création type chaque année : un attache-sucette et un hochet, pour vérifier la solidité de mes réalisations. Je pensais que c’était suffisant, ayant les certifications de mes fournisseurs pour les compositions et tailles des anneaux de dentition (mensongers finalement), et je pensais avoir une certaine connaissance des normes quant aux tailles. J’ai été dans l’erreur et je l’admets volontier aujourd’hui, je me suis contentée du peu que je savais. Je paye pour ma méconnaissance et ma légèreté sur la règlementation.

 

Je vais être très franche : je vends entre 10 et 20 exemplaires de chaque modèle par an, au prix moyen de 15 euros. Cela représente un montant brut de 300 euros en considérant que j’en vends 20 par an.

Si on retire

  • les charges sociales = ce qui va directement à l’Etat
  • le coût du matériel brut : perles, clips, anneau, clochettes, etc
  • la communication : le présent site que je paye chaque année, la pub que je réalise sur les réseaux sociaux ou pour apparaître dans Google, les flyers, la rémunération de la photographe, etc
  • le matériel de bureau et ses annexes : étiquettes, feuilles, encre pour l’impression de toutes les factures & des timbres & des bordereaux d’envoi, emballages, enveloppes, scotch, plastifieuse,  etc… Rien qu’en septembre 2019, j’ai dû racheter un appareil photo professionnel 500 euros et une nouvelle imprimante 200 euros, car les 2 m’ont lâché en même temps ! Et en mai, j’ai dû également acheter un PC portable à 500 euros. Ca, ce sont des frais que personne ne voit, mais qui sont indispensables.
  • les frais de Salon : paiement de l’emplacement, hôtel, location d’utilitaire, rémunération d’une baby-sitter pour mes enfants, etc
  • les commissions et frais bancaires
  • les assurances professionnelles

= sur une création à 15 euros, il me reste environ 6 euros de bénéfice.

 

Mais sur ces 6 euros de bénéfice, je dois mettre une partie de côté pour investir dans mes futurs achats, c’est logique, je ne travaille pas en flux tendu : c’est à dire que je n’achète pas le matériel à chaque commande, j’ai déjà du stock d’avance, tout comme je dois prévoir de payer les Salons (et les frais qui vont avec comme la réservation de l’hôtel ou du camion) plusieurs mois avant, ou en cas de besoin si mon PC ou mon appareil photo lâchent, comme ce fût le cas en 2019.

 

Disons donc que sur ces 6 euros, il faut garder 2,50 euros de côté.

 

Le bénéfice est ce qui me fait vivre = mon salaire si vous préférez. Ce grâce à quoi je paye l’emprunt de ma maison, fais mes courses, mets de l’essence etc… Bref, tout comme vous ! Mon salaire sur une création est donc de 3,50 euros.

 

C’est bien pour ça que je ne comprends pas comment font certaines pour vendre des créations à 10 euros : alors bien sûr elles ne sont pas déclarées donc elles n’ont pas de charge, pas de commissions bancaires, pas de frais de communication, pas d’assurance etc… Bref, elles n’ont QUE le coût du matériel à prévoir et font de la concurrence déloyale aux professionnels qui – eux – essayent d’en vivre, et pas seulement de survivre, ça fait une belle différence.

 

Donc, sur les 6 euros de bénéfice pour chaque création vendue en 20 exemplaires = 120 euros, je suis censée ajouter 900 euros de tests par un laboratoire certifié. OK. D’accord. Admettons.

 

Le calcul est très vite fait : à moins de vendre la création au moins 60 euros, et espérer en vendre 20 rapidement pour rentabiliser le tout… C’est infaisable à mon niveau.

 

Ou – si je continue à vendre la création 15 euros – il faudrait en vendre au moins 80 pour pouvoir commencer à avoir des bénéfices = donc du salaire = donc payer ma maison et mes factures. Ca signifie réaliser et envoyer 80 créations – gratuitement – à ma charge – en espérant pouvoir manger un jour.

 

Je peux être sympa, j’adore mon travail, c’est une aventure fabuleuse… Mais je ne suis pas prête à affamer mes enfants et terminer sous un pont pour cela. J’ai mes limites, et je les ai clairement atteinte, financièrement comme moralement.

 

Je reçois ENORMEMENT de demandes de renseignement de créatrices – dont 90% ne sont pas au courant des normes. Comment les blâmer, quand on sait que les documents rassemblant les exigences sont eux aussi payants sur le site de l’AFNOR ? Pour avoir connaissance de ces éléments, là encore, il est nécessaire de payer. Je ne peux malheureusement vous renseigner et vous renvoie vers CONSEIL NORME – qui une page Facebook et un compte Instagram : je ne suis pas une juriste spécialisée dans ce domaine, et moralement c’est compliqué de vous aider alors que je ne suis pas capable de sortir de ma propre léthargie.

 

Si je continue sur ma lancée, je pourrais vous dire que je suis sous anti dépresseur car je ne dors plus depuis des semaines,  qu’au niveau personnel, c’est également très compliqué… Mais je vais arrêter mes confidences, ça va vous ennuyer.

 

Pour autant, je ne me rue pas encore sur les offres d’emploi, je n’abandonne pas Elyce. Là, ce serait clairement un échec. Les tétines personnalisées sont toujours là, j’ai trop travaillé pour elles pour abandonner comme ça. J’ai perdu une bataille, mais pas la guerre.

 

Je n’ai plus l’énergie nécessaire pour me battre, pour tenter de trouver des solutions. J’ai besoin de tourner cette page, de l’oublier un peu, et de regarder vers l’avenir. Je sais qu’il était nécessaire que j’essaye, que je tente, que je cherche, pour ne pas avoir de regrets. Sinon je me serais torturée le cerveau à me demander si j’aurais pu faire autrement. Mais là, stop. Je n’ai plus de carburant. Je dois avancer, quitte à mettre ces créations de côté et les oublier… Temporairement ou définitivement, je ne sais pas encore.

 

Je vous en dirais plus bientôt sur mes plans, car j’en ai. Différents certes. Mais ils me permettent de ne pas totalement baisser les bras.

 

Alors à vous tous qui m’avez fait confiance depuis 2013, je vous remercie. Sincèrement. Du plus profond du coeur. J’espère qu’on ne se dit pas adieu.

 

Lucie

5 Comments

  • Paty

    ,
    12 février 2020 @ 10 h 41 min

    Tellement triste de lire cette fin d’une belle histoire… J’espère sincèrement que tu rebondiras !
    Tu devrais envoyer cet article aux contrôleuses de la DGCCRF … même si je me doute que cela ne leur fera ni chaud ni froid…
    Mais il y a un tel illogisme dans cette histoire que je me dis qu’il doit bien y avoir quelque part quelqu’un qui pourra agir ? Sinon, à quoi bon tenter de fabriquer français ?
    De tout coeur avec toi !!!!!

  • Lili

    ,
    14 février 2020 @ 11 h 05 min

    Quel dommage de lire cela, on nous encourage à acheter français mais au final on met des bâtons dans les roues des créateurs/créatrices française au lieu de les aider dans leur passions c’est désolant !
    J’avais mis sur ma liste de naissance larche en bois avec 3 suspensions et un anneau de dentition renard :s
    J’espère que vous pourrez rebondir et continuer vos jolies créations

  • Une période compliquée ! - Elyce Creation

    ,
    23 mai 2020 @ 13 h 05 min

    […] j’ai retiré de la vente la plupart des créations en perles à destination des tous petits. J’en parlais ici en février. Du jour au lendemain, 80% de mon activité s’écroulait, alors qu’en parallèle je […]

  • […] Même si ce projet n’était alors qu’au stade d’embryon, ne sachant pas s’il allait se concrétiser, les mois suivants m’ont fait prendre la décision de foncer : mon contrôle par la Répression des Fraudes (DGCCRF) m’a beaucoup affecté, et j’ai dû retirer de la vente la plupart des créations bébé, pour des raisons budgétaires (je vous en parlais ici). […]

  • myamiam

    ,
    12 mars 2021 @ 22 h 15 min

    Ces gens de la DGCCRF n’ont jamais travaillé à leur compte, ne vous inquietez pas, ils sont bien contents d’avoir atteint le nombre de controles qu’on leur demande de faire chaque année. C’est ca l’Etat français, ne comptez jamais sur ce pays pour encourager les entrepreneurs indépendants qui prennent des risques. En plus il est impossible de pouvoir payer un test pour chaque création, ils le savent bien. Même des attache-tétines sortis par HEMA ont du être retirés de la vente à cause de toutes ces normes qui ne sont là que pour décharger les parents de leur surveillance.
    Au lieu d’aider les indépendants pendant la covid, non, ils ont continué les contrôles (comme si cela était LA priorité), et voilà comment ils détruisent des vies, des familles…..pourquoi ? Pour quelqu’un qui s’est mise à son compte, qui a travaillé jour et nuit pour cela à faire des attache-tétine ? Ils préfèrent débarquer chez vous dans votre maison, plutôt que d’aller contrôler un kebab, ce sont des affaires faciles pour eux. Mais pour vous, ce sera un traumatisme à vie.
    Après cela, je vous dis bravo d’arriver à continuer ! Moi à votre place, j’aurais tout abandonné.

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